Juillet marque le début de la ruée vers l'ouest afin de prendre part à la saison des récoltes. Les jeunes québécois s'évadent ainsi en Colombie-Britannique pour y profiter de leur été. Après une traversée du continent, ils pérégrinent de ferme en ferme pour proposer leur main-d'oeuvre. Une myriade de fruits très variés passent entre leurs mains. Tandis que les groupes d'amis se mélangent et cohabitent pendant deux mois sur les terrains des propriétaires dont l'hospitalité varie selon l'hôte.
La vallée d'Okanagan offre un climat propice à la culture d'arbres fruitiers et de vignes alors que le pays est connu pour ses hivers rugueux. L'ouest canadien est un peu plus humide en hiver que le traversant est. Le thermomètre peut aisément atteindre les 40 degrés en été. Ici à Oyama, dans le nord du lac Wood, la ferme bio Sproule and Sons récolte les cerises plus tôt qu'à l'accoutumé en cette année 2015. Les jeunes de passage, comme Frank, ont vent des nouvelles. Ils arrivent progressivement et installent leurs tentes pour quelques semaines.
La communauté vit au son du tracteur et de l'usine de tri. Les "pickers" se lèvent à 3 heures du matin pour monter dans les arbres une heure plus tard. Pendant ce temps, les trieurs dorment. Ils se lèveront et finiront plus tard. Lorsque ces derniers seront encore à l'usine à choisir les meilleures cerises, les cueilleurs prendront la poudre d'escampette dans les alentours ou resteront au refuge qui se situe au fond du jardin. Celui-ci est doté de plusieurs cuisines ouvertes ainsi que d'une douche couverte et de plusieurs salons extérieurs.
Lorsqu'un temps libre s'annonce, les travailleurs des cimes organisent des sorties pour aller voir du pays. La vallée se trouve à proximité des Rocheuses, et constituée de lacs et forêts qui donnent envies de s'y abandonner. Frank choisit de cuisiner des pizzas pour son anniversaire. C'est l'occasion de partager un moment de convivialité avec celles et ceux avec qui les liens se créent.
Il arrive qu'une journée de travail soit annulée à cause de la pluie. Cueillir des cerises encore humides pourrait les abimer. Alors pour sécher ses arbres, le propriétaire s'offre les services d'un hélicoptère. La perte d'un jour de récolte peut s'avérer désastreuse pour la saison, et pour les travailleurs qui ne seront pas payés. Le stock de la saison est vendu sur les  marchés alentours. Certaines espèces de cerises sont même exportées jusqu'en Chine.
Le travail est accompli, les arbres sont vides.
 On n'entendra plus les discussions philosophiques des "pickers" à travers les branches, au petit matin. Pas plus que le bruit de leurs échelles se posant sur l'écorce des troncs. 
Ces hommes et femmes sont déjà partis vers d'autres fermes et d'autres arbres. Une saison de récolte peut rapporter gros. Alors ce pactole n'est pas de refus lorsqu'une année d'étude s'en vient à l'approche de septembre.
Les cerisiers s'endorment jusqu'à l'année prochaine.
Et l'on attend déjà les nouveaux backpackers de passage dans la vallée.
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